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La pluie

 

Que Dieu bénisse les Normands. On dit que c’est chez les Celtes qu’il pleut et qu’il fait froid, mais détrompons nous, si c’est le supplice de la pluie, du froid et de la grisaille que vous cherchez, vous n’avez qu’à vous rendre en Normandie. Ce n’est pas pour rien que le Roi de France a donné ces terres et leur climat ingrat aux Vikings sauvages venus du nord. Après une bonne dose d’humidité et du froid normands vous allez apprécier le côté tropical des pays celtes : le paradis n’est pas assez bon pour ceux qui n’ont pas connu l’enfer !

Commençons avec la célèbre chanson irlandaise, ‘Éamonn a ‘Chnoic’, ‘Éamonn des Collines’.

      ‘Mise Éamonn a ‘Chnoic, atá báite fuar fliuch’
      [micha émon a krik, atå båcha foueur flok]
      ‘Moi, Éamonn des collines, qui a froid, qui est trempé’

 

pluieÉamonn a bien existé, il était officier dans l’armée irlandaise, et on chante sa nuit sous la pluie depuis trois siècles. En 1690, l’armée d’Irlande en déroute suite à la défaite de La Boyne, beaucoup de militaires ont fui vers la France et son doux climat. Mais pas Éamonn, qui a préféré le climat vigoureux et tonique d’Irlande, et c’est sous la pluie, dans la joie et le bonheur qu’il a mené une vie du style Robin des Bois dans les montagnes du sud du pays. La chanson raconte la nuit où il cherchait un refuge pendant une tempête. Vous voyez, il a fallu rien moins qu’une défaite militaire, la perte du pays et une tempête violente avant qu’un Irlandais ne se plaigne de la pluie.

En regardant quelques mots de la chanson, nous retrouvons les liens forts qui existent entre la langue d’Éamonn et la langue française. Les deux langues partagent les même racines, et après trois mille ans nous voyons les parentés linguistiques toujours bien intactes, rien de surprenant, la pluie et le beau temps n’ont rien de nouveau, nos ancêtres ont tous connu la même chose.

 

báite

[båcha]

trempé, mot apparenté à ‘baptême’, du grec pour tremper, plonger

fuar

[foueur]

froid, ‘frrr’, grand classique des onomatopées préhistoriques

fliuch

[flok]

mouillé, mot apparenté à fluide, grand classique du périphérique parisien

 

Le mot ‘fliuch’ s’avère très utile dans tout contexte où il y a des fluides, ce qui en Irlande est typiquement le cas de la vie du bistrot, d’ou l’expression suivante utilisée annuellement :

      ‘An tseamróg a fhliuchadh’
      [åne tschroog å lokú]
      Le trèfle à mouiller

       

Dans l’imaginaire irlandais ‘mouiller le trèfle’, c’est célébrer la Saint Patrick, ce qui a du sens, le trèfle a besoin d’eau, mais en réalité ce n’est ni le trèfle qui boit, ni de l’eau qui est bue. De l’annuel au quotidien, passons au toast suivant où nous retrouvons notre ami ‘fliuch’.

       

      ‘Croí laidir, gob fliuch’
      [kri loïdjeur, gobe flok]
      Cœur fort, bouche mouillée

 

Très imagé comme toast, et très accessible pour un francophone qui pense peut-être que l’irlandais est une langue extraterrestre. Nous y retrouvons deux mots d’origine indo-européenne qui gardent bien leur air de famille malgré le passage de trois mille ans.

croí

[kri]

cœur. Nous voyons facilement la parenté entre l’irlandais et le français.

gob

[gobe]

bouche, bec. Le français en a fait ‘gober’ et ‘gobelet’, en revanche l’irlandais est resté sur la signification celte d’origine, à savoir la bouche elle-même, aussi bien que le bec d’un oiseau.

 

Le mot ‘gob’ fait partie de l’illustre patrimoine franco-irlandais et nous retrouvons le mot dans le gaulois. Nos ancêtres serons sans doute contents de savoir que le ‘gob’ est toujours d’actualité, au bout de nos lèvres. Un dicton s’impose, qui malgré ses origines rustique a beaucoup à nous apprendre sur le sur-activisme des temps modernes. En l’occurrence le sujet est un oiseau, et comme nous pouvons nous en douter, là où le français voit un bec, l’Irlandais voit une gob, un gobadán, un bécasseau.

      ‘Ní thig leis an ngobadán an dá thrá a fhreastal’
      [ni hig lèche åne nobadåne åne gå hrå å rastal]
      Le bécasseau ne peut pas s’occuper de deux plages 

       

Revenons à nos cnoic, à nos collines. L’Irlande regorge de collines et nous retrouvons le mot partout dans le toponymie du pays.

Irlandais

Anglais

Signification

Cnoc Mhuire

Knock

La Colline de Marie, lieu d’apparitions de Notre Dame en 1879

Cnoc Bríde

Knockbridge

La colline de Brigid.

Cnoc Buí

Knockboy

La Colline Jaune

 

Á titre d’information, et malgré les apparences orthographiques et sonores, le Knokke belge n’a rien à voir avec le Knock irlandais, le premier est tout plat, de la terre récupérée de la mer, le deuxième est bien une colline, ce que nous amène à la vérité du dicton suivant concernant tous les ‘knock’, tous les ‘cnoic’, de ce monde :

      ‘Is glas na cnoic i bhfad uainn’
      [iss glass na knik eu ouade eune]
      ‘Les collines lointaines sont vertes’

      c’est-à-dire, l’herbe est toujours plus verte dans le pré d’à côté.
       

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Dernière mise à jour : dimanche 25 mars 2007
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