Savoir saluer
Abordons le noble art de savoir saluer en Gaélique. Nous avons déjà ailleurs l'indispensable, Dia duit, salut, mot à mot, que Dieu soit avec toi. Maintenant il est temps d’approfondir les différentes manières d’apostropher.
Phrase indispensable pour tout mégalomane. Très souvent utilisé pour commencer un discours public et donc saluer et s'adresser à beaucoup de gens à la fois. Dans u n contexte irlandais la phrase correspond aux classiques ‘Français, Françaises’, ‘Travailleurs, Travailleuses’. C’est le grand favori dans la vie politique ainsi que dans les associations sportives et culturelles, même si parmi ces orateurs, certains vont ensuite continuer leurs discours dans une autre langue.
Oui, il y a une place dans le Gaélique pour votre complexe d'Œdipe. On voit aussi que le regretté feuilleton 'Hélène et les garçons‘ et son 'Cri-cri d’amour’ était à deux doigts de populariser une belle phrase gaélique, ‘mon cœur-cœur d’amour'. 'Máthair mo chroí' était tellement utilisé dans les chansons que la phrase a fini par passer à l'anglais pour décrire les innombrables chansons populaires, toujours avec une forte dose d'eau de rose, où l'exilé lamente l'absence de sa mère.
Quelques phrases pour ceux qui veulent simplement entrer dans un pub et demander qu'on s'occupe d’eux.
Duine Mo dhuine ! Mo dhuine uasail ! A Shoilse [dinna] [mo ginna] [mo ginna ousal] [a hi-shla] mot à mot Personne Mon Homme Mon homme noble Votre excellence Oh ! monsieur - familier - respectueux - très très respectueux
Mac a mhic a mhic óig [mak] [a vik] [a vik oig] mot à mot fils oh fils oh jeune fils oh mon gars oh ! jeune homme
Bean a bhean uasail a bhean a tí [banne] [a vanne ousal] [a vanne a ti] mot à mot femme oh femme noble oh ! femme de la maison oh ! Madame oh ! (madame) l'aubergiste
Du même coup on dit :
Comme toute langue à déclinaisons, chargée de plus de deux mille ans d'histoire, le Gaélique a su conserver le vocatif, c'est-à-dire un cas spécial pour permettre de nous adresser directement à quelque chose ou quelqu’un. Les Latins avaient la même idée, 'rosa, rosa, rosam', rose, oh ! rose. Avouons que c'est bien pratique pour ceux qui aiment s'adresser aux objets inanimés. Comme les autres langues celtes le Gaélique se dote aussi d'une mutation au début du mot qui passe au vocatif, ex: bean [banne], a bhean [a vanne], en français femme, oh ! femme, ou plutôt avec une mutation, oh ! bemme. D'ailleurs, on voit dans la similitude des mots, bean et femme, comment le gaélique et le français, puisent tous les deux le même puits linguistique, à savoir les langues indo-européennes, pour beaucoup de mots clefs.
Cette mutation s'applique également au prénoms, par exemple:
Séamus, a Shéamuis, Máire, a Mháire [chez-mus, a haie-mush] [moi-ra, oh ! voi-ra] Jacques, oh ! Jacques Marie, oh ! Marie
On ne peut pas faire mieux qu’une salutation angélique.
En règle générale les prénoms non celtes ne subissent pas de mutation, donc Pierre reste Pierre et ne sera pas appelé Fierre. Regardons de près le nom Séamus. Ci-dessus est intéressant car dans le Gaélique d'Écosse, langue très proche au Gaélique d'Irlande, on a fini par laisser tomber le nom Séamus, et aujourd'hui on ne dit que la version à mutation, Hamish, d'ailleurs ceci passe aujourd'hui pour un prénom écossais par excellence. On note que ce n'est pas la première fois que les Écossais ont pris quelque chose d'irlandais et l'ont trafiqué….on peut parler du whiskey, du kilt et de la musique…mais tout cela c'est une autre histoire. Bon, déconseillé de dire à un Hamish qu'il est une mutation, ils ont tendance d'être grands et costauds.
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